LE MYTHE D’ANTIGONE S’APPLIQUE-T-IL AUX ENTREPRISES ?

Antigone est une tragédie de Sophocle écrite en 441 av Jésus Christ. Récemment, nous avons eu l’occasion de se demander : ce mythe pourrait-il s’appliquer au XXIe siècle, en matière d’entreprise ? Voyons ensemble si et comment.

 

L’intrigue

Antigone est la fille d’Œdipe (roi de Thèbes) et sœur d’Ismène et de Polynésiens (frère) et Etéocle (frère). A la mort d’Œdipe, les deux frères mènent des camps opposés à la conquête du trône de Thèbes. Ils meurent tous les deux, tués l’un par l’autre. Le nouveau roi de Thèbes est Créon, l’oncle des deux frères. Il ordonne que son neveu Etéocle, qui est mort en défendant la ville, soit enterré avec tous les honneurs, tandis que le corps de son autre neveu Polynice, l’envahisseur, est laissé à la honte publique. De plus, Créon déclare que quiconque tente d’enterrer Polynice sera publiquement lapidé à mort. Au mépris de l’édit de Créon, Antigone enterre elle-même son frère. Quand Créon le découvre, Antigone défie Créon : son ordre est contraire aux lois des dieux eux-mêmes. Enragé par le refus d’Antigone de se soumettre à son autorité, Créon déclare qu’elle va mourir emprisonnée. Hémon, le fils de Créon qui devait épouser Antigone, conseille à son père de reconsidérer sa décision. Le père et le fils se disputent. Sans admettre que Hémon a peut-être raison, Créon répète sa déclaration. Après un certain temps, Créon reconsidère ses idées et décide d’enterrer Polynice et de libérer Antigone. Mais c’est trop tard : Antigone s’est pendue et Hémon, dans une agonie désespérée, se tue aussi. En apprenant la nouvelle de la mort de son fils Hémon, Eurydice, la femme du Créon, se suicide à son tour.

 

L’analyse du mythe

L’interprétation la plus courante du mythe est que Créon est un dictateur et Antigone est une héroïne. C’est en partie vrai. Mais ce n’est pas la lecture complète.

La question est la suivante : pourquoi le mythe s’est-il transformé en tragédie ? Nous y voyons une responsabilité de Créon et d’Antigone.

Créon, en tant que roi de Thèbes, devait prendre la responsabilité d’établir les règles afin de protéger la communauté. Créon a raison sur le principe mais sur la façon de faire, certainement pas. En effet, Créon fixe les règles à lui seul, et il a tort. Il ne fait participer personne d’autre à ses décisions. Ses décisions sont influencées par la colère et l’arrogance. Aussi : une fois les décisions prises, il n’est pas prêt à les reconsidérer. Son autorité est dramatique : 3 personnes meurent à cause de celle-ci.

Et Antigone ? Antigone a une forte personnalité et défie l’autorité car pour elle, les règles divines sont plus pertinentes que les règles établies par Créon. Elle est prête à mourir pour enterrer son frère. Super. Mais son comportement n’est pas efficace non plus. Parce qu’elle n’essaie pas de partager ses idées avec Créon. Elle est guidée uniquement par ses propres convictions. Sans chercher une solution différente de celle de Créon.

 

Application aux entreprises

Où est la clé, d’un point de vue commercial ? C’est probablement dans la façon dont la prise de décision se fait (Créon) et la réaction à celle-ci (Antigone).

En tant que dirigeant de son organisation, Créon établit correctement les règles et garantit son respect, quels que soient ses relations personnelles et ses proches impliqués. Mais il prend de mauvaises décisions basées sur ses sentiments personnels. Il n’est pas ouvert aux autres et n’est pas flexible pour changer. Un tel leader ne peut pas générer la confiance.

Antigone est une sorte de haut potentiel de cette organisation. Elle a des idées fortes et se bat pour avoir un impact. Mais elle pourrait être plus stratégique dans ses actions. Ce n’est pas avec la « révolution factice » qu’une personne peut influencer son chef à voir les choses différemment. Si vous voulez avoir un impact, vous devez vous proposer de manière constructive et ne pas enfreindre les règles.

Dans ce cas, c’est toute l’organisation qui est perdante. Trois personnes clés de l’équipe sont éliminées. Le chef, dévasté. Une telle entreprise pourrait bientôt avoir de gros problèmes.

En fin de compte, les entreprises sont constituées d’individus. La façon dont ils interagissent entre eux fait la différence. Tous (dirigeants et collaborateurs) doivent être ouverts, transparents et suffisamment souples. Lorsque les idées et les contributions de chacun sont valorisées, la confiance et la coopération émergent. Bien sûr, le dirigeant doit prendre ses responsabilités. Mais c’est différent quand l’équipe sent qu’elle a un impact sur les décisions. D’un autre côté, tout le monde devrait apporter des idées constructives pour influencer positivement l’environnement. Sinon, cela risque de devenir toxique pour l’organisation.

Qu’en pensez-vous ? Dans votre organisation, vous êtes-vous déjà senti comme Antigone ? Étiez-vous prêt à défendre vos idées ? Qu’en est-il de votre comportement ? Essayez-vous d’influencer vos dirigeants pour le bien de vos idées ?

Ou êtes-vous un leader ? Que pensez-vous de Créon ? Sous pression, pouvez-vous vous comportez comme lui ou différemment ? Êtes-vous prêt à être ouvert et flexible avec vos collègues et éventuellement changer d’idée ?

 

Giancarlo Pozzoli, Wyser & Grafton Global Directeur