Brexit: Londres détrônée?

Quelles que soient les issues des négociations et ses effets sur les règlementations de permis de travail, les tendances de l’emploi outre-Manche ont évolué notablement depuis l’annonce.

Selon l’Office National des Statistiques britanniques, les migrations des citoyens européens s’établissant pour le moyen terme au Royaume-Uni ont atteint un plus bas en 2017. Ce niveau légèrement au-dessus de 100 000 personnes par an, est en baisse de 50% par rapport à 2016 et 2015 où se chiffre s’établissait autour des 200 000. Et si l’on entre dans le détail, les flux en provenance de Roumanie et Bulgarie atteignent 40 000 personnes.

Une évolution si rapide se traduit directement sur le marché de l’emploi de l’île, avec moins de 10 candidatures par postes pour les plus hautement qualifiés. Dans la finance ou les technologies les salaires à l’embauche ou à la rétention augmentent et une compétition pour les talents se joue avec le continent. Cette hausse s’additionne à un coût du poste de travail le plus élevé en Europe. Un surcoût londonien que l’on peut relier à une bulle immobilière qui, selon les déclarations d’un responsable de la BCE, est la prochaine crise qui menace l’Europe. Depuis 2015 les signaux se multiplient dans des analyses remarquées de Deutsche Bank et HSBC concernant la capitale du Commonwealth. Les deux phénomènes cumulés ajustent à parité les coûts du travail entre Paris et Londres pour cette précieuse main d’œuvre. Cet effet marché compense le niveau record des charges collectives qui pèsent sur les salaires en France. Jusqu’à quand ?

Dans ce contexte, le Financial Times affiche Paris en favori dans son édition du lundi 1er octobre. Francfort et Dublin semblent devancées. La place parisienne accueillera le régulateur bancaire européen. Et les américaines Citigroup, Bank of America, Black Rock, JP Morgan, Morgan Stanley, Goldman Sachs, Wells Fargo, HSBC ont déjà annoncé leur établissement, des recrutements stars et le renforcement de leurs équipes en France. Dans le même temps, l’AMF examine les demandes de licences de 70 sociétés de gestion pour opérer depuis la capitale française.

Il s’agit à présent d’observer si Paris tirera tous les bénéfices de cet alignement de planètes pour traduire cette pole position sur la grille de départ du Brexit en leadership solide à moyen terme. Outre-manche une correction du marché immobilier londonien est possible, une accalmie sur le marché de l’emploi continental envisageable, et un renversement d’alliances politiques ou une renégociation brillante toujours imaginable. Le cumul permettrait, à coup sûr, à la City de retourner la table et maintenir une supériorité centenaire sur la planète financière.